Vamos con el quinto y último acto.
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Francés
Le jardin de la Citadelle, à Tripoli.
Clémence scrute l’horizon marin. Et c’est le choeur des femmes tripolitaines qui lui apprendra la nouvelle qu’elle espère et redoute à la fois.
Le Choeur des Tripolitaines
Comtesse, regardez! Au port, sur le quai, le navire! Il est là! Il est là! Ja’! Ja’! Ja’! Les pèlerins, les fanions, le navire! Le troubadour! Là-bas, Comtesse! Le troubadour! Au port, les croisés, le navire! Lmina! Lmarkab! Ja’! Ja’! Ja’! Le troubadour! Il est là! Il est là!
Clémence
Ainsi, il est venu L’insensé! Il n’a pas voulu demeurer l’ombre lointaine L’étrange histoire que l’on colporte, la voix puissante que l’on imite Il ne s’est pas contenté d’être poète et troubadour Il est venu L’insensé
Ainsi, il est venu L’insensé! Le fou d’amour Il a pris la mer Pour me contempler telle que je suis Et pour que je le contemple de toute sa taille d’homme Pour que je voie bouger ses lèvres lorsqu’elles parlent de moi. Devrais-je me montrer attentive, flattée, reconnaissante? Ou bien réticente, et feindre l’indifférence? Devrais-je demeurer lointaine, inaccessible? Ou, au contraire, me montrer proche? Comment se serait comportée la femme de ses chansons, Celle qu’il appelle Son amour de loin? Ainsi, il est venu L’insensé!
Le Pèlerin
Noble dame, je vous apporte une nouvelle Une nouvelle qui vous déplaira.
Clémence
Pèlerin, laissez-moi juger seule de ce qui me déplaît ou ne me déplaît pas. Il se peut que vos bonnes nouvelles m’attristent Et que vos mauvaises nouvelles me remplissent de joie. Il se peut aussi que toutes vos nouvelles me laissent indifférente. Que vouliez-vous m’annoncer?
Le Pèlerin
Il s’agit de Jaufré, Jaufré Rudel.
Clémence
Le troubadour? La nouvelle que vous m’apportez, je la connais déjà. Il s’est croisé, me dit-on, son navire vient d’accoster à Tripoli. Combien de jours restera-t-il?
Le Pèlerin
Il ne s’agit pas de cela, noble dame, Je venais vous dire Qu’il se meurt.
Clémence
Seigneur! O Seigneur! Seigneur! Seigneur!
Le Pèlerin
Il est tombé malade en mer, et ne s’est plus réveillé. Il s’échappe hors de ce monde et vous seule pourriez encore le retenir.
Clémence
Où est-il?
Le Pèlerin
Dans un moment, il sera ici.
Clémence
S’il peut monter jusqu’à la Citadelle C’est qu’il n’est pas aussi mal que vous ne le dites.
Le Pèlerin
Quatre hommes le portent sur une civière Les voilà, d’ailleurs, ils arrivent.
Jaufré
C’est vous, c’est vous, c’est vous Je vous aurais reconnue entre toutes les femmes.
Clémence
Comment vous sentez-vous?
Jaufré
Heureux... Heureux comme peut l’être un homme dont le sort ne vous est pas indifférent.
Clémence
Que dit le médecin arabe?
Le Pèlerin
Il dit qu’il vivra tout au plus jusqu’à l’aube.
Clémence
Mon Dieu!
Jaufré
Ne chuchotez pas, je n’ignore rien de mon état. Les médecins peuvent mentir pour rassurer le mourant. Les hoquets du cœur ne mentent pas.
Clémence
Il est possible que Notre Seigneur ne veuille pas encore vous arracher à ceux qui vous entourent.
Jaufré
N’abusons pas des bontés du Ciel! Je lui ai demandé la grâce de vous voir une fois avant de mourir, et vous voilà devant moi La dernière image que je garderai de ce monde est celle de votre visage et de vos yeux qui m’embrassent. La dernière voix que j’aurais entendue, c’est la vôtre, qui cherche à m’apaiser, La dernière sensation de mon corps de mortel, c’est ma main épuisée qui s’endort dans le creux de la vôtre. Que demander de plus au Ciel? Même si je vivais encore cent ans, comment pourrais-je connaître une joie plus entière?
Les Compagnons en Choeur
Maudit soit l’amour Lorsqu’il nous fait mépriser l’existence Maudit soit l’amour Lorsqu’il trahit la vie et se fait l’allié de la mort.
Jaufré
Ne maudissez pas l’amour, compagnons, C’est lui qui nous donne nos joies Pourquoi n’aurait-il pas le droit de les reprendre? Ce n’est jamais l’amour qui est indigne, c’est nous qui sommes parfois indignes de l’amour. Ce n’est jamais l’amour qui nous trahit, c’est nous qui trahissons l’amour.
Clémence
J’aurais tant voulu être poétesse pour vous répondre avec des mots aussi beaux que les vôtres.
Jaufré
Vous êtes la beauté et je ne suis que l’étang où la beauté se mire...
Clémence
Il est une chose que je pensais garder longtemps en moi, Mais si je ne la disais pas aujourd’hui même, je crains de ne plus jamais pouvoir vous la dire. Vos chansons, je me les récitais le soir, toute seule, dans ma chambre, Et je pleurais de bonheur.
Jaufré
Si mes chansons étaient belles, c’est parce que mon amour était pur, et parce que l’objet de mon amour est si beau. Mais vous êtes encore mille fois plus rayonnante et mille fois plus douce que je ne l’imaginais. Si j’avais pu vous contempler, j’aurais trouvé des paroles bien plus belles, et une musique qui pénètre l’âme. Et je vous aurais aimée encore davantage.
Clémence
Moi aussi, si nous nous étions rencontrés, je vous aurais aimé.
Jaufré
Autant que je vous aime?
Clémence
Autant que vous m’aimez.
Jaufré
Vous auriez pu dire, je vous aime, Jaufré?
Clémence
J’aurais pu dire, oui, je vous aime, Jaufré.
Jaufré
Seigneur, pardonnez-moi, j’ai de nouveau envie de vivre!
Seigneur, si je pouvais rester ainsi, quelques moments, quelques moments de plus Si je pouvais revivre un peu, un peu seulement, Mon amour qui était loin est maintenant près de moi, mon corps est dans ses bras et je respire le parfum le plus doux. Si la mort pouvait attendre au dehors au lieu de me secouer ainsi, impatiente.
Le Pèlerin
Mais si la mort n’était pas aussi proche, Jaufré, La femme que tu aimes ne serait pas en cet instant auprès de toi, à t’enlacer. L’air que tu respires ne serait pas imprégné de son parfum, Et elle ne t’aurait pas dit "je t’aime, Jaufré".
Clémence
Je t’aime, Jaufré, et je voudrais tant que tu vives.
Jaufré
Si jamais le Ciel me guérissait. Me prendrais-tu par la main pour me conduire jusqu’à ta chambre?
Clémence
Oui, Jaufré, si le Ciel dans sa bonté voulait bien te guérir, je te prendrais par la main pour te conduire jusqu’à ma chambre.
Jaufré
Et je m’étendrais près de toi?
Clémence
Et tu t’étendrais près de moi...
Jaufré
Et tu poserais la tête sur mon épaule?
Clémence
Ma tête sur ton épaule...
Jaufré
Ton visage tourné vers le mien, tes lèvres près des miennes...
Clémence
Mes lèvres près des tiennes...
Jaufré
En cet instant, j’ai tout ce que je désire. Que demander encore à la vie?
Clémence
J’espère encore, mon Dieu, j’espère encore. Les anciennes divinités pouvaient être cruelles, mais pas toi, mais pas toi, mon Dieu, Tu es bonté et compassion, tu es miséricorde J’espère encore, mon Dieu, j’espère encore. (choeur) Ce mortel ne porte dans son cœur que l’amour le plus pur, Il fait offrande de sa vie à une inconnue lointaine et se contente d’obtenir en échange un sourire Il remercie le Ciel du peu qu’on lui accorde, et ne demande rien Si avec un être tel que lui, tu n’es pas généreux, Seigneur, avec qui le seras-tu?
Clémence
J’avais cru en toi, j’avais espéré, mon Dieu Qu’avec un être si généreux tu te montrerais plus généreux encore, J’avais cru en toi, j’avais espéré, mon Dieu Qu’avec un être aussi aimant tu te montrerais plus capable d’amour encore Que tu nous accorderais un instant, juste un instant de vrai bonheur Sans souffrance, sans maladie, sans la mort qui s’approche Un court moment de bonheur simple, était-ce trop?
Le Choeur Rassemblé
Tais-toi, femme, ta passion t’égare Tais-toi, femme, silence!
Clémence
De quoi as-tu voulu le punir? De m’avoir appelée déesse? De s’être prétendu croisé, comme s’il partait se battre contre les Infidèles, alors que c’est moi qu’il venait retrouver? Se pourrait-il que tu sois jaloux du fragile bonheur des hommes?
Le Choeur Rassemblé
Tais-toi, femme, ta passion t’égare Tais-toi, femme, silence!
Le Choeur des Tripolitaines
Voudrais-tu attirer sur notre ville le malheur et la malédiction? Voudrais-tu que la mer se déchaîne, que les vagues sautent par-dessus les murailles pour engloutir nos maisons et noyer nos enfants?
Les Compagnons en Choeur
Voudrais-tu attirer sur nous tous le châtiment de Dieu? Pour qu’Il nous abandonne en pleine mer quand la tempête fera rage? Pour qu’Il nous abandonne en pleine bataille quand nos ennemis seront lancés contre nous?
Le Choeur Rassemblé
Tais-toi, femme, ta passion t’égare Tais-toi, femme, silence!
Clémence
Jaufré croyait venir vers moi, et il a rencontré la Mort. Se peut-il que ma beauté soit l’appât de la Mort? Il a cru voir en moi la Clarté, et je n’étais que la gardienne des Ténèbres! Comment pourrais-je encore aimer ? Comment pourrais-je dévoiler mon corps? Ouvrir mon sein au regard d’un amant?
Le Pèlerin
Et moi, Seigneur, pourquoi m’as-Tu choisi pour cette tâche? D’une rive à l’autre, d’une confidence à l’autre, Je croyais tisser les fils blancs d’une robe de mariée, A mon insu je tissais l’étoffe d’un linceul!
Clémence
Je ne mérite plus d’être aimée Je ne mérite plus d’être chantée par un poète Ni serrée contre une épaule d’homme, ni caressée. Demain, après les funérailles, je prendrai le deuil. Je porterai une robe de laine épaisse et j’irai me cacher Sous le toit d’un couvent D’où je ne sortirai plus ni vivante ni morte. Je suis veuve d’un homme qui ne m’a pas connue Et jamais aucun homme ne creusera mon lit.
Clémence
Si tu t’appelles Amour je n’adore que toi, Seigneur Si tu t’appelles Bonté je n’adore que toi, Si tu t’appelles Pardon je n’adore que toi, Seigneur, Si tu t’appelles Passion, je n’adore que toi. Ma prière s’élève vers toi qui es si loin de moi maintenant, Vers toi qui es si loin Pardonne-moi d’avoir douté de ton amour, Pardonne-moi d’avoir douté de toi! Toi qui as donné ta vie pour moi, Pardonne-moi d’être restée si lointaine A présent c’est toi qui es loin Es-tu encore là pour écouter ma prière? A présent c’est toi qui es loin A présent c’est toi l’amour de loin Seigneur, Seigneur, c’est toi l’amour, C’est toi l’amour de loin...
Castellano
El jardín de la Ciudadela, en Tripoli
Clémence escruta el horizonte marino. Y es el core de mujeres tripolitanas quienes le advierten de la noticia que espera y teme a la vez
Coro de Tripolitanas
Mirad, Condesa. En el puerto, en el muelle, el navío. Está aquí. Está aquí. Ja,ja,ja. Los peregrinos, los banderines, el navío. El trovador. Abajo, Condesa. El Trovador. En el puerto, los cruzados, el navío. El trovador. Está aquí, está aquí.
Clémence
Entonces, ha venido. Insensato. No ha querido permanecer como una sombra lejana. La extraña historia que se divulga, la voz potente que se imita. No se ha contentado con ser poeta y trovador. Ha venido, el insensato.
Entonces, ha venido. Insensato. Loco de amor se ha arrojado al mar. Para mirarme tal como soy. Y para que yo le mire en toda su estatura como hombre. Para que vea como se mueven sus labios cuando hablan de mí. ¿Debo mostrarme atenta, halagasa, agradecida?, ¿O tal vez reticente, y fingir indiferencia?. ¿Debo permanecer lejana, inaccesible?. ¿O, al contrario, mostrarme cercana?. ¿Cómo se comportaría esa mujer de sus canciones, a la que llama su amor de lejos?. Entonces, ha venido. Insensato.
Peregrino
Noble dama, os traigo una noticia. Una noticia que os disgustará.
Clémence
Peregrino, dejad que yo misma juzgue lo que me place o no me place. Puede que vuestras buenas noticias me entristezcan. Y que vuestras malas noticias me llenen de alegría. Tambíen puede que todas vuestras noticias me dejen indiferente. ¿Que queréis anunciarme?
Peregrino
Se trata de Jaufré, Jaufré Rudel
Clémence
¿El trovador?. Ya sé la noticia que me traéis. Es un cruzado, me dicen, y su navío acaba de atracar en Tripoli. ¿Cuántos días se quedará?
Peregrino
No se trata de esto, noble dama. Vengo a deciros que agoniza
Clémence
Señor, Oh Señor, Señor, Señor
Peregrino
Ha enfermado en el mar, y no se recupera. Está dejando este mundo, y sólo vos podéis aún retenerle
Clémence
¿Dónde está?
Peregrino
En un momento, estará aquí.
Clémence
Si puede subir hasta la Ciudadela, no estará tan mal como decís
Peregrino
Cuatro hombres le llevan en camilla. De hecho, están llegando en este momento
Jaufré
Sois vos, sois vos, sois vos. Os reconocería entre todas las mujeres.
Clémence
¿Cómo os sentís?
Jaufré
Feliz.... Feliz como puede estarlo un hombre cuya suerte no os es indiferente
Clémence
¿Qué dice el médico árabe?
Peregrino
No vivirá más allá del alba.
Clémence
Dios mío
Jaufré
No habléis en susurros, conozco mi estado. Los médicos pueden mentir para consolar al moribundo. Los pálpitos no mienten
Clémence
Es posible que Nuestro Señor no quiera todavía arrancaros de entre nosotros
Jaufré
No abusemos de la bondad del Cielo. Le he pedido la gracia de veros una vez antes de morir, y estáis delante de mí. La última imagen que guardaré de este mundo será de vuestro rostro y vuestros ojos que me abrazan. La última voz que escucharé, será la vuestra, que trata de tranquilizarme. La última sensación de mi cuerpo mortal será mi mano agotada que se duerme en la palma de la vuestra. ¿Quié más pedir al Cielo?. Incluso si viviera cien años más, ¿cómo podría tener una alegría más completa?
Coro de compañeros
Maldito sea el amor, cuando nos hace despreciar nuestra existencia. Maldito sea el amor, cuando traiciona la vida y se hace aliado de la muerte
Jaufré
No maldigáis el amor, compañeros. Nos da nuestras alegrías, ¿no debería tener pues el derecho de reclamarlas?. Nunca el amor es indigno, somos nosotros quienes a veces somos indignos del amor. Nunca el amor nos traiciona, somos nosotros quienes traicionamos al amor.
Clémence
Me hubiera gustado tanto ser poetisa, para responder a vuestras palabras con otras igual de bellas
Jaufré
Vos sois la belleza y yo no soy más que el estanque donde la belleza se refleja...
Clémence
Hay algo que pensaba guardar en mi interior mucho tiempo. Pero si no lo digo hoy mismo, temo que jamás pueda decirlo. Vuestras canciones, las recitaba por la tarde, sola, en mi cuarto. Y lloraba de felicidad
Jaufré
Si mis canciones eran bellas, es porque mi amor era puro, y el objeto de mi amor, tan bello. Pero sois todavía mil veces más radiante y mil veces más dulce de lo que imaginaba. Si os hubiera podido contemplar, habría encontrado palabras mucho más hermosas, y una música que penetrara el alma. Y os habría amado aún más
Clémence
También yo, si nos hubiéramos encontrado, os habría amado
Jaufré
¿Tanto como yo os amo?
Clémence
Tanto como me amáis
Jaufré
¿Podríais haber dicho, os amo, Jaufré?
Clémence
Habría podido decir, os amo, Jaufré
Jaufré
Señor, perdonadme, de nuevo tengo ganas de vivir
Señor, si pudiera permanecer así, durante algún instante, algún instante más. Si pudiera revivir un poco, solamente un poco. Mi amor que era lejano y ahora está junto a mí, mi cuerpo está en sus brazos y respiro el más dulce perfume. Si la muerte pudiera esperar fuera, en lugar de agarrarme así, impaciente
Peregrino
Pero si la muerte no estuviera tan próxima, Jaufré, la mujer que amas no estaría en estos momentos junto a ti, abrazándote. El aire que respiras no estaría impregnado de su perfume, y ella no te habría dicho: "te amo, Jaufré".
Clémence
Te amo, Jaufré, y me gustaría tanto que viviéses
Jaufré
Si el Cielo quisiera curarme, me cogerías la mano y me llevarías a tu alcoba
Clémence
Sí, Jaufré, si el Cielo en su bondad quiere curarte, te cogeré de la mano para llevarte a mi alcoba
Jaufré
¿Y estaría tumbado a tu lado?
Clémence
Estarías tumbado a mi lado…
Jaufré
¿Y apoyarías tu cabeza en mi hombro?
Clémence
Mi cabeza sobre tu hombro….
Jaufré
Tu rostro vuelto hacía el mío, tus labios cerca de los míos
Clémence
Mis labios cerca de los tuyos
Jaufré
En este momento, tengo todo lo que deseo. ¿Qué mas pedir a la vida?
Clémence
Todavía espero, Dios mío, todavía espero. Las antiguas divinidades podían ser crueles, pero no Tú, no Tú, Dios mío. Tú eres bondad y compasión, eres misericordia. Todavía espero, Dios mío, todavía espero. (coro) Este mortal no tenía nada en su corazón salvo el amor más puro. Ofreció su vida a una mujer distante y desconocida, y se contentó con recibir a cambio una sonrisa. Agradeció al Cielo lo poco que le fue concedido, y no pidió nada. Si con un ser como él no eres generoso, Señor, ¿con quién lo serás?
Clémence
Creí en Ti, tenía esperanza, Dios mío. Que con un ser tan generoso te mostrarías aún más generoso. Creí en Ti, tenía esperanza, Dios mío. Que con un ser tan amoroso te mostrarías aún más capaz de amar. Que no nos hayas concedido un instante, tan solo un instante de verdadera felicidad. Sin sufrimiento, sin enfermedad, sin la muerte que se aproxima. Un breve momento de simple felicidad, ¿era demasiado?
Coro reunido
Calla, mujer, la pasión te ciega. Calla, mujer, silencio
Clémence
¿Qué buscabas castigar?. ¿Qué me llamara diosa?. ¿Qué pretendiera ser un cruzado, ir a batirse contra los infieles, cuando era a mí a quien venía a encontrar?. ¿Puede que estuvieras celoso de la frágil felicidad de los hombres?
Coro reunido
Calla, mujer, la pasión te ciega. Calla, mujer, silencio
Coro de Tripolitanas
¿Pretendes que caiga sobre nuestra ciudad la desgracia y la maldición?. ¿Quieres que el mar se agite, que las olas salten por encima de las murallas para devorar nuestras casas y nuestros hijos?
Coro de compañeros
¿Quieres atraer sobre nosotros el castigo de Dios?. ¿Para que nos abandone en plena mar cuando ruja la tormenta? ¿Para que nos abandone en medio de la batalla cuando nuestros enemigos se lancen contra nosotros?
Coro reunido
Calla, mujer, la pasión te ciega. Calla, mujer, silencio
Clémence
Jaufré creía que venía hacia mí, y ha encontrado la muerte. ¿Puede que mi belleza fuera el anzuelo de la Muerte?. Creyó ver en mí la Claridad, y no he sido más que la guardiana de las Tinieblas. ¿Cómo puedo amar de nuevo?. ¿Cómo podría descubrir mi cuerpo?. ¿Abrir mi seno a la mirada de un amante?
Peregrino
¿Y yo, Señor, por qué me has elegido para esta tarea?. De una orilla a otra, de una confidencia a otra, creía tejer los blancos hilos de un vestido de novia. No sabía que tejía la tela de un sudario.
Clémence
No merezco ser amada. No merezco que me cante un poeta. Ni sostenida por el hombro de un hombre, ni acariciada. Marñana, tras el funeral, llevaré luto. Un vestido de lana gruesa y me ocultaré. Bajo el techo de un convento del que no saldrá ni viva ni muerta. Soy la viuda de un hombre que no me ha conocido, y ningún otro hombre entrará en mi lecho
Clémence
Si te llamas Amor, sólo te adoro a ti, Señor. Si te llamas Bondad, sólo te adoro a ti, Señor. Si te llamas Perdón, sólo te adoro a ti, Señor. Si te llamas Pasion, sólo te adoro a ti. Mi oración se eleva a ti que estás tan lejos de mí. Hacia ti que estas tan lejano. Perdona que haya dudado de tu amor, perdona que haya dudado de tí. Tú que has dado la vida por mí, perdona que haya permanecido tan lejana. Ahora eres tú quien esta lejano. Ahora eres tí el amor lejano, Señor, Señor, eres tú el amor, eres tú el amor lejano...
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Una breve intervención del Coro abre el acto, casi en
parlando. La atmósfera oriental invade la escena. Una Clémence casi desafiante reta al Coro, mientras escuchamos sonidos marinos. La llegada del Peregrino y el grito de desesperación de la Condesa: "Seigneur, Seigneur..." termina el cuado.
En el Segundo Cuadro, tal vez el más bello de la ópera, asistimos al diálogo entre Jaufré y Clémence. Son momentos de gran lirismo, en los que ambos confiesan su amor y escuchamos por primera y única vez los acordes "orientales" mientras canta Jaufré. La percusión y los vientos, van puntuando la acción, hasta quedar unidos como los dos amantes. En un momento, Jaufré parece revivir, y se desata una pequeña tormenta en la orquesta, subrayada por la electrónica, pero la resignación ante una suerte fatal termina por imponerse, y la muerte de Jaufré, en brazos de su amada, funciona casi como un anticlímax.
Durante el Tercer Cuadro, tal vez un poco demasiado extenso, Clémence se rebela contra el destino, y denuncia agitadamente su triste sino. Las reprimendas del Coro y los lamentos del Peregrino completan la acción.
Un pequeño interludio nos lleva a la última escena, años después, donde Clémence, convertida en una monja, reza una bella oración, inspirada en la
Traversée del principio de la ópera, ¿A Dios?, ¿A Jaufré?... que termina en un precioso "C'est toi, l'Amour de Loin".
Este acto, en la versión del estreno:
Saariaho-Acto V
Esperemos que el señor Mortier, que encargó en su momento la obra, estrene esta espléndida ópera en Madrid, en los próximos años, y una buena parte de foreros tengamos la ocasión de asistir.