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Este es el libreto del Tercer Acto:
Francés
Au château de Blaye
Jaufré
Pèlerin, Pèlerin, dis-moi avant toute chose, l'as-tu vue?
Le Pèlerin
Oi, mon bon prince, je l'ai vue.
Jaufré
Ah, tu as plus de chance que moi, je suis jaloux de tes yeux, et maintenant que je t'en parle, tu la revois encore, avoue-le.
Le Pèlerin
Oui, quand tu me parles d'elle, je la revois.
Jaufré
Alors dis-moi comment est-elle?
Le Pèlerin
Elle est comme je te l'ai décrite vingt fois déjà, si ce n'est cinquante. Jaufré, peut-être.. peut-être devrais-tu y penser un peu moins.
Jaufré
Moins?
Le Pèlerin
Oui, moins! Tu devrais songer un peu moins à cette dame lointaine, et prêter plus d'attention à yton fief, et aux bonnes gens qui t'entourent. Tu ne sors plus de ton château, tu ne parles plus qu'à ton luth. Tout le monde au pays te croit fou.
Jaufré
Et toi aussi, mon ami, tu le crois?
Le Pèlerin
Quand on dit à un homme "tu es fou", c'est qu'on ne le pense pas. Quand on pense qu'il l'est, on se contente de le plaindre en cachette.
Jaufré
Pourtant je suis bien fou, Pèlerin, par Notre Seigneur je suis fou. Depuis que tu m'as parlé d'elle plus rien d'autre n'occupe mon esprit. La nuit, dans mon sommeil, apparait ce visage si doux ax yeux de mer qui me sourit et je me dis que c'est elle, alors que je ne l'ai jamais vue. Puis, au matin, je me lamente dans mon lit de ne pas avoir su la caresser, ni la retenir. N'est-ce pas cela, la folie, Pèlerin? Et dire qu'elle, là-bas, au loin, ne se doute de rien!
Le Pèlerin
Jaufré, elle sait.
Jaufré
Que dis-tu, Pèlerin?
Le Pèlerin
J'ai dit: elle sait.
Jaufré
Elle sait quoi?
Le Pèlerin
Elle sait tout ce qu'elle devait savoir. Que tu es poète et que tu chantes sa beauté.
Jaufré
Comment l'a-t-elle appris?
Le Pèlerin
Elle m'a interrogé, et e lui ai répondu.
Jaufré
Pourquoi? Pourquoi m'as-tu fait cela?
Le Pèlerin
Je ne voulais lui mentir. Du moment que tout le monde connait le nom de celle que tu chantes, de qel droit le lui cacher à elle?
Jaufré
Elle sait!
Le Pèlerin
Si tu l'ames, tu lui dois la vérité. J'ai fait ce que tu aurais fais à place...
Jaufré
Elle sait!
Le Pèlerin
Elle l'aurait appris tôt ou tard, et par une bouche malveillante!
Jaufré
Que sait-elle au juste? Lui as-tu dit mon nom?
Le Pèlerin
Oui, elle sait maintenant ton nom, et que tu es prince et troubadour.
Jaufré
Lui as-tu dit que je l'aimais?
Le Pèlerin
Comment aurais-je pu ne pas le lui dire?
Jaufré
Malheureux! Et comment a-t-elle pris la chose?
Le Pèlerin
A début, elle me parut offensée.
Jaufré
Offensée?
Le Pèlerin
Ce n'était qu'une première réaction, la pudeur d'une noble dame qu'un homme chante à mon insu. Mais aussitôt après, elle se montra résignée.
Jaufré
Résignée?
Le Pèlerin
Je veux dire qu'elle finit par comprendre que ton attitude était celle d'un homme d'honneur, languissant mais respectueux. Je crois même qu'elle en fut flattée...
Jaufré
Flattée? Elle qui est tout en haut, au-dessus des cimes, flattée? Offensée, résignée, flattée, que de paroles malencontreuses s'agissant d'elle! Ah, Pèlerin, Pèlerin, jamais tu n'aurais du me trahir!
Lui tu-as récité mes poèmes?
Le Pèlerin
Je n'ai pas si bonne mémoire, je lui ai chantonné à peu près...
Jaufré
A peu près! Que veux-tu dire par "à peu près"? Je passe mes journées et mes nuits à composer mes chansons, chaque note et chaque rime doivent passer l'épreuve du feu, je me déshabille et me rehabille vingt fois, trente fois, avant de trouver le mot juste qui de toute éternité était là, suspendu dans le ciel, à attendre sa place. Et toi, tu les a récité "à peu près"? Tu les a "chantonnés à peu près"? Malheureux! Malheureux! Comment peux-tu me trahir ainsi et le prétendre ensuite mon ami?
Le Pèlerin
Peut-être ferais-je mieux de m'en aller.
Jaufré
Non, attends, pardonne-moi! Tout ce qui arrive m'a secoué les sangs. Pardonne-moi, mon ami, je ne te laiserai pas partir fâché. S'il est un homme en ce bas-monde qui a des droits sur moi, c'est toi seul, Pèlerin, mon ami, qui le premier m'a parlé d'elle. Mais ce que tu dis me bouleverse, parce que je ne pourrai plus penser à elle sans penser qu'elle aussi me regarde de loin. Il m'était doux de la contempler à loisir sans qu'elle ne me voie. Il m'était facile de composer mes chansons, puisqu'elle ne les entendait pas. A présent, à présent.. A présent il faudra qu'elle les entendre de ma bouche Oui, de ma bouche et de nulle autre. Si elle rosit en écoutant ma chanson, je veux la voir rosir Si elle tressaillit, je veux la voir tressaillir Si elle soupire, je veux l'entendre soupirer Elle n'est plus aussi lointaine maintenant, et tu peux... tu peux même me chuchoter son nom.
Le Pèlerin
Clémence, elle se prénomme Clémence.
Jaufré
Clémence, Clémence, comme le Ciel est clément! Clémence, la mer clémente va se refermer devant moi, pour que je puisse la franchir à pied sec jusqu'au pays ou tu respires.
A Tripoli, sur la plage
Clémence se promène. Elle tourne le dos à la Citadelle, et le visage vers la mer. Des femmes tripolitaines la suivent à distance. Elle reprend et poursuit la chanson de Jaufré.
Clémence
"Ben tenc la Seignor per verai Per q'ieu veirai l'amor de loing; Mas per un ben que m'en eschai, N'ai dos mals, car tant m'es de loing... Ai! car me fos lai peleris Si que mos fustz e mos tapis Fos pelz sieus bels huoills remiratz!" "Ver ditz qui m'appela lechai Ni desiran d'amor de loing, Car nuills autre jois tant no'm plai Cum jauzimens d'amor de loing; Mas so q'eu vuoill 'es tant ahis Q'enaissi'm fadet mos pairis Q'ieu ames e non fos amatz!"
Le Choeur des Tripolitaines
Voilà qu'elle se laisse prendre aux filets de ce troubadour Elle chante ses chansons, elle se sent flattée Mais quel fruit peut porter l'amour de loin? Ni bonne compagnie, ni douce étreinte, Ni noces, ni terres, ni enfants, Quel fruit peut donc porter l'amour de loin? Il va seulement éloigner d'elle ceux qui cnvoitent sa main Le prince d'Antioche et l'ancien comte d'Edesse Et même dit-on, dit-on, le fils du basileus...
Une Voix Dans La Foule
Vous toutes qui la blâmez Que vous ont apporté vos hommes si proches? Princes ou serviteurs ils font de vous leurs servantes Quand ils sont près de vous, vous souffrez et quand ils s'en vont vous souffrez encore..
Clémence
Tu as dit vrai, ma fille, mon amie, Bénie sois-tu! Bénie sois-tu!
Le Choeur des Tripolitaines
Parce que vous, Comtesse, vous ne souffrez pas? Vous ne souffrez pas d'être si loin de celui qui vous aime? De ne pas deviner dans son regard s'il vous désire encore? Vous ne souffrez pas de ne même pas savoir à quoi ressemble son regard? Vous ne souffrez pas de ne jamais pouvoir fermer les yeux en sentant ses bras qui vous enveloppent et vous sttirent contre sa poitrine? Vous ne souffrez pas de ne jamais jamais sentir son souffle sur votre peau?
Clémence
Non, par Notre Seigneur, je ne souffre pas Peut-être qu'un jour je souffrirai mais par la grâce de Dieu, non, je ne souffre pas encore Ses chansons sons plus des caresses, et je ne sais si j'aimerais l'homme comme j'aime le poète Je ne sais si j'aimerai sa voix autant que j'aime sa musique Non, par Notre Seigneur, je ne souffre pas Sans doute je souffrirais si j'attendais cet homme et qu'il venait pas Mais je ne l'attends pas De savoir que là-bas, au pays, un homme pense à moi, Je me sens soudain proche des terres de mon enfance. Je suis l'outremer du poète est mon outremer Entre nos deux rives voyagent les mots tendres Entre nots deux vies voyage une musique... Non, par Notre Seigneur, je ne souffre pas Non, par Notre Seigneur, je ne l'attends pas Je ne l'attends pas...
Castellano
En el castillo de Blaye
Jaufré
Peregrino, Peregrino, antes de nada, ¿la has visto?
Peregrino
Si, mi buen príncipe, la he visto
Jaufré
Eres más afortunado que yo, tengo celos de tus ojos, y ahora mientras te habló, la sigues viendo, reconócelo
Peregrino
Si, cuando me hablas de ella, la veo de nuevo
Jaufré
Entonces, ¿cómo es ella?
Peregrino
Como te la he descrito ya veinte veces, o tal vez cincuenta. Jaufré, tal vez deberías pensar algo menos en ella
Jaufré
¿Menos?
Peregrino
Sí, menos. Deberías soñar un poco menos en esta dama lejana, y prestar más atención a tu feudo, y a las buenas gentes que lo habitan. Ya no sales de tu castillo, no hablas más que con tu laúd. Todos te creen loco.
Jaufré
Y tú, amigo, ¿tambiés me crees loco?
Peregrino
Cuando se dice a un hombre: "estás loco", es que no cree que lo esté. Cuando se piensa que es un loco, basta con compadecerle a sus espaldas
Jaufré
Sin embargo, estoy loco, Peregrino, juro por Nuestro Señor que estoy loco. Desde que me hablaste de ella, nada más ocupa mis pensamientos. En la noche, mientras duermo, aparece su dulce rostro con sus ojos verdes como el mar que me sonríen, y entonces me digo que es ella, aunque nunca la he visto. Después, por la mañana, me lamento en mi lecho por no haber podido acariciarla, ni retenerla. ¿No es esto la locura, Peregrino?. Y pensar que ella, allí, a lo lejos, no sabe nada.
Peregrino
Jaufré, lo sabe
Jaufré
¿Qué dices, Peregrino?
Peregrino
He dicho que lo sabe
Jaufré
¿Sabe qué?
Peregrino
Sabe todo lo que debe saber. Que eres un poeta y cantas su belleza
Jaufré
¿Cómo se enteró?
Peregrino
Me preguntó, y la respondí
Jaufré
¿Por qué?, ¿Por qué me has hecho esto?
Peregrino
No quería mentirla. Si todo el mundo conoce el nombre que cantas, ¿con que derecho ocultárselo a ella?
Jaufré
Lo sabe
Peregrino
Si la amas, debes decirle la verdad. Hice lo que tú habrías hecho-
Jaufré
Lo sabe
Peregrino
Lo habría sabido tarde o temprano, y por una lengua maliciosa
Jaufré
¿Qué sabe exactamente?. ¿Le dijiste mi nombre?
Peregrino
Si, sabe ahora tu nombre, y que eres príncipe y trovador
Jaufré
¿Le dijiste que la amo?
Peregrino
¿Cómo ocultarselo?
Jaufré
Desgraciado. ¿Cómo reaccionó?
Peregrino
Al principio, parecía ofendida
Jaufré
¿Ofendida?
Peregrino
Sólo fue la primera reacción, el pudor de una noble dama a quien celebran sin su conocimiento. Después, enseguida, se mostró resignada
Jaufré
¿Resignada?
Peregrino
Quiero decir que ella acabo por entender que tu postura era la de un hombre honorable, anhelante pero respetuoso. Creo incluso que se sintió halagada...
Jaufré
¿Halagada?, Allí en lo alto, por encima de las montañas, ¿halagada?. Ofendida, resignada, halagada, que palabras tan inapropiadas para ella. Ah, Peregrino, Peregrino, nunca debiste traicionarme
¿Le recitaste mis poemas?
Peregrino
No tengo buena memoria, canturrée un poco nada más
Jaufré
Un poco. ¿Qué significa un poco?. Paso mis días y mis noches componiendo mis canciones, cada nota y cada rima deben superar la prueba del fuego, me visto y desvisto veinte, treinta veces, antes de encontrar la palabra justa que estaba esperando desde el principio de los tiempos, suspendida en el cielo, para ocupar su lugar. Y tú, ¿las recitas "un poco"?. ¿Las cantas "un poco"?. Desgraciado. Desgraciado. ¿Cómo puedes traicionarme así, y decirte mi amigo?
Peregrino
Tal vez sea mejor que me vaya
Jaufré
No, espera, perdoname. Tus noticias me han trastornado. Perdoname, amigo mío, no dejaré que te vayas enfadado. Si hay un hombre en el mundo al que le deba algo, eres tú, Peregrino, amigo mío, que fuiste el primero en hablarme de ella. Pero todo lo que dices me aturde, no podré pensar ya en ella sin pensar que ella también me mira a lo lejos. Era tan dulce contemplarla en la distancia sin que me viera. Era tan fácil componer mis canciones, sin que ella las escuchara. Ahora, ahora.... Ahora es preciso que las escuche en mi boca. Sí, en mi boca y no en otra. Si se ruboriza al escuchar mi canción, quiero ver su rubor. Si se estremece, quiero verla estremecer. Si suspira, quiero oir como suspira. Ya no está distante y tú puedes... tú puedes incluso decirme su nombre.
Peregrino
Clémence, se llama Clémence
Jaufré
Clémence, Clémence, clemente como el Cielo. Clémence, la clemente mar me llevará a tí, para que pueda cruzar con mis pies secos hasta la tierra donde respiras.
En la playa de Tripoli
Clémence pasea. Da la espalda a la Ciudadela y mira de frente el mar. Algunas mujeres de la ciudad le siguen en la distancia. Canta la canción de Jaufré.
Clémence
Que Nuestro Señor sea testigo que veré a mi amor lejano, pero este bien que ma ha caído en suerte, dobla mi desgracia, pues ella está tan lejos. Ah, ojalá estuviera allí, como un peregrino, para que mi bastón y mi esclavina sean contemplados por unos ojos tan bellos. Dice verdad quien me llama ávido, y deseando el amor lejano. Pues ninguna alegría me complacería tanto como gozar del amor lejano. Pero lo que deseo se me niega, así me dotó mi padrino, que amé y no sea amado
Coro de mujeres
Como se ha dejado atrapar en las redes de ese trovador. Canta sus canciones, se siente halagada, pero ¿qué bien puede traer un amor lejano?. Ni buena compañía, ni dulces abrazos, ni matrimonio, ni tierras, ni hijos. ¿Qué bien puede traer un amor lejano?. Solamente la alejará de los que pretenden su mano, el Príncipe de Antioquía y el viejo Conde de Edesa. Incluso, dice el rumor, el hijo del Emperador.
Una voz entre la muchedumbre
Vosotros que la culpáis, ¿qué os dan vuestros hombres tan cercanos?. Príncipes o siervos, os convierten en sus criadas. Cuando están cerca de vosotras, sufrís, y cuando se alejan, seguís sufriendo
Clémence
Es cierto, hija mía, amiga mía, bendita seas, bendita seas
Coro de mujeres
¿No sufrís, Condesa?. ¿No sufrís por estar tan lejos de vuestro amado?, ¿Por no adivinar en su mirada si todavía os desea?, ¿No sufrís ni siquiera por no conocer su apariencia?, ¿No sufrís por no poder cerrar los ojos y sentir como sus brazos os rodean y os aprietan contra su pecho?. ¿No sufrís al no sentir nunca, nunca su aliento sobre vuestra piel?
Clémence
No, el Señor es testigo que no sufro. Tal vez un día sufriré, pero por la Gracia de Dios, aún no sufro. Sus canciones son más que sus caricias, y no sé si amaré al hombre como amo al poeta. No sé si amaré su voz como amo su música. No, el Señor es testigo que no sufro. Sin duda, sufriría si le esperara y no viniera. Pero no le espero. Sabiendo que allí, en la patria, un hombre piensa en mí, me hace sentir más cercana a la tierra de mi infancia. Soy el ultramar del poeta, y el poeta es mi ultramar. Entre nuestras dos costas viajan las tiernas palabras. Entre nuestras dos vidas navega la música... No, el Señor es testigo que no sufro, no le espero, no le espero....
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El Tercer Acto es el más flojo de toda la ópera, que no se puede calificar pues de "redonda".
En el Primer Cuadro, una pequeña introducción instrumental donde escuchamos el acorde relacionado con el Peregrino, que en este acto ha vuelto a cruzar el mar para reunirse con Jaufré. El largo diálogo entre Rudel y el Peregrino, interrrumpido por monólogos del trovador, abunda en el modelo ya desarrollado en el primer acto. El objetivo de Saariaho es doble: contribuir a la sensación de tiempo detenido, y crear una atmósfera privada, íntima, entre el espectador y los personajes. El primer objetivo lo logra con creces, el segundo... dígamos que, a pesar de algunos momentos de gran lirismo por parte del Príncipe de Blaye no acaba de ser totalmente satisfactorio. La ausencia del Coro de Compañeros en la escena, hace que sea tal vez en exceso monótona.
El Segundo Cuadro, en Trípoli, comienza con unos breves acordes de atmosfera "orientalista" y presenta enseguida a Clémence cantando en occitano la
chanson de Rudel, lo que contribuye al ambiente medieval y a la sensación de creciente unión entre los dos amantes. El Coro de Mujeres refuerza la sensación con un acompañamiento casi "aflamencado". Cada vez más líricas, en contraste con la orquesta, son las intervenciones de Clémence que trata de engañarse a sí misma sobre la naturaleza de su amor por el trovador de un país lejano. El Cuadro termina con susurros acompañados por la electrónica que producen una sensación ominosa, de una desgracia inminente.
Escuchemos este Acto III:
Saariaho-Acto 3